Les chars allemands étaient ils les meilleurs de la 2e guerre mondiale ? – 2e partie

Deuxième article sur la question : les chars allemands en 1939-45 étaient ils vraiment les meilleurs ? Et pour répondre à cette question, nous allons revenir en arrière, comprendre d’où sont partis nos braves militaires de la Wehrmacht.

Premier arrêt : 1903 ; un capitaine français polytechnicien, Léon René Levavasseur, arrive à l’état major pour présenter son idée : un canon monté sur une plateforme roulante tout terrain. Et puis on va ajouter un blindage, pour protéger les servants des tirs de fusils ou des éclats d’obus. Et à la places des roues, on va mettre une grande bande de chaque coté (ça ressemble furieusement à des chenilles, et rien à voir avec la chanson). Vous l’aurez compris : il vient d’inventer le char (plutôt un canon automoteur, mais ne chipotez pas). Bien entendu, tout cela est trop moderne pour les militaires de l’époque, qui rejettent le projet sous le prétexte que on fera jamais mieux que le cheval pour déplacer un canon. Comme notre ami Levavasseur est têtu, il revient à la charge en 1908, mais il essuie toujours un refus.

Un schéma du projet Levavasseur


Dans le même temps, un Autrichien, le lieutenant Gunther Burstyn (avec un nom pareil, sûr qu’il n’est pas japonais), propose en 1911 une idée un peu similaire, mais avec cette fois ci un canon sous tourelle. Et en Australie en 1912, c’est un ingénieur civil, Lancelot de Mole (ça s’invente pas … le gars devait avoir des envies de chevalerie motorisée), cette fois, qui propose un engin blindé pour transporter des soldats. Les chefs militaires étant uniformément stupides, toutes ces idées beaucoup trop en avance sur leur temps sont rejetées. H.G. Wells parle pourtant, dans une de ses nouvelles, de « land ironclads » (cuirassés terrestres) qui écrasent des fantassins un peu trop sûrs d’eux. Nous en restons donc là pour l’instant.

Le char façon Burstyn, bien trop en avance sur son temps …


Puis la guerre éclate. Après quelques mois de guerre de mouvement, la guerre s’enterre. Et il devient extrêmement difficile de percer les lignes ennemies, protégées par des tranchées, des mitrailleuses qui fauchent les fantassins, des barbelés qui ralentissent les charges, … Bref, l’attaque ne peut se faire que si on la précède d’un puissant barrage d’artillerie ; sauf qu’après, le sol est retourné, rendu instable, et progresser sur un tel terrain devient vite un enfer. Ah, si seulement on avait un engin protégé des tirs ennemis, capable de se déplacer sur tout type de terrain, et d’emmener avec lui une puissance de feu suffisante !
Heureusement, du coté franco britannique, on se souvient de ces idées un peu farfelues, et on se dit que finalement, c’était peut être pas si bête. Au Royaume Uni, c’est le premier lord de l’Amirauté, un certain Winston Churchill, qui pousse le projet. Et comme on ne veut pas que les Allemands comprennent la petite farce qu’on leur prépare, on appelle le projet « tank », ou réservoir, en faisant croire qu’il s’agit de réserves d’eau mobiles, destinés à la guerre dans le désert. Donc oui, quand vous jouez à « World of tanks », vous jouez en fait au « Monde des réservoirs ». Ça claque moins quand même.


En 1916, le premier modèle est au point : le Mark 1. On est encore loin du char contemporain : il s’agit plutôt d’une grosse caisse blindée, avec des chenilles qui montent jusqu’au dessus du char ; pas de tourelle, mais les armes sont installées sur des supports latéraux. On décline l’engin en deux version : une armée de deux canons, appelée subtilement « male », et une « female », avec tout plein de mitrailleuses, et dont le rôle est de protéger les premiers en combat rapproché.

Le Mark I britannique, modèle « male »


Ils seront utilisés pour la première fois durant la bataille de la Somme. Les Britanniques veulent l’utiliser pour percer les défenses allemandes (notamment, détruire les mitrailleuses), et permettre ensuite à la cavalerie d’avancer. Les Français leur demandent d’attendre (que leurs propres chars soient opérationnels, afin de créer un effet de surprise complet), mais non : le commandant anglais VEUT ses chars. On les envoie donc au combat. Cette première fois est pour le moins confuse. Pas mal de chars tombent en panne en plein no man’s land, d’autres se font péter par l’artillerie teutonne ; certains parviennent à atteindre leurs objectifs, mais la cavalerie ne parvenant pas à suivre, ils se retrouvent isolés au milieu de l’ennemi, et plusieurs finissent par se faire capturer. Point positif : l’apparition des bestiaux a tout de même provoqué une certaine panique chez les Allemands, même s’ils ont fini par se reprendre.
Malgré ce revers, les militaires anglais vont insister, améliorer non seulement les véhicules mais aussi leur doctrine d’utilisation.


De leur côté, les Français ont également travaillé sur le char. Et pour cela, on fait appel à un homme. Non, pas Levavasseur : tout le monde semble l’avoir oublié (à moins qu’il boudait dans son coin, à fabriquer son propre char, avec des tables de black jack et des danseuses orientales). Mais un certain Jean Estienne. C’est un militaire qui aime bien les idées nouvelles (un truc rare) ; on lui a déjà confié le développement de l’aviation militaire avant guerre (pour le réglage de l’artillerie), avec succès. Et dès le début de la guerre, il déclare que le vainqueur sera celui des deux belligérants qui saura mettre un canon sur un véhicule tout terrain.
On lui confie donc le développement de « l’artillerie spéciale ». Pour l’instant, les chars français (Schneider et St Chamond) ressemblent à ceux des anglais, c’est à dire une grosse caisse roulante avec canon en casemate ou sur les côtés. Estienne n’est pas convaincu : il appelle Renault pour lui demander de produire un char léger, en très grosses quantités. L’industriel est déjà occupé à produire des obus, et décline.


Entretemps, les chars français sont engagés pour la première fois à Berry Au Bac, dans le cadre de l’offensive du chemin des Dames – malgré l’avis de Jean Estienne, qui pense que c’est trop tôt. Bien entendu, on ne l’écoute pas, et comme pour les Britanniques, c’est un échec : les chars qui ne tombent pas en panne, ou détruits par l’artillerie ennemie, finissent tout seuls dans les lignes ennemies, et font demi tour. L’artillerie spéciale est sur le point d’être dissoute … mais finalement, le changement de têtes à l’état major la sauve.


Et puis, en 1917, Renault a changé d’avis, et on écoute enfin Estienne. Avec son pote fabricant de voiture, ils conçoivent donc un nouveau char, le char FT : petit, mobile grâce à ses larges chenilles, avec une tourelle à 360° et moteur à l’arrière. Bref, presque le schéma du char moderne. Bon, il avait quelques défauts, comme l’absence de systèmes de communication interne (le chef de char donnait des ordres au pilote en lui donnant des coups de genou pour la direction – un coup à droite, on tourne à droite, un coup à gauche, on tourne à gauche – ou sur le casque pour démarrer/arrêter), une quasi absence de suspensions qui mettait la colonne vertébrale à rude épreuve. Mais il était assez fiable, et surtout, facile à produire : environ 3 700 chars furent fabriqués sur les 18 mois, dans différentes usines. Et il était si bien que de nombreuses armées alliés vont l’adopter, y compris les Etats Unis qui viennent tout juste d’entrée dans le conflit.

Le char Renault FT, sans doute le meilleur de la 1ere guerre mondiale
Le même char, vu de l’intérieur


Pour l’anecdote : il était prévu au départ que les USA produisent le char Renault sous licence dans leurs usines. Sauf que les frenchies ayant envoyé les plans avec des mesures en système métrique, et les ricains utilisant pouces et pieds … bah ça n’a pas bien marché. Le temps que les problèmes de conversion furent résolus, la guerre était finie. Résultat : le corps expéditionnaire américain combattra avec des chars produits en France.


Reprenons. Le matériel est là, en quantité. Reste à l’utiliser correctement. Il faudra attendre mai 1918 pour que les chars français soient utilisés massivement. Et le succès sera enfin au rendez vous. Regroupés dans de grandes formations, avec l’infanterie qui suit juste derrière, et soutenus par les chars « lourds » restants, les Renault FT vont faire merveille. Si bien que ce sera un des éléments (parmi d’autres) du succès de l’offensive des 100 jours.


Et du côté allemand ? Bah le char : on y croit pas trop. Alors oui, à la première rencontre face aux Britanniques, ça a été un peu la panique de voir plusieurs dizaines de tonnes d’acier avancer sans broncher. Et puis finalement, ils sont tombés en panne, et ont fini défoncés par l’artillerie. Du coup, on se dit que c’est une idée pourrie : le char, ça marchera JAMAIS. Les Allemands ne font pas vraiment d’efforts pour améliorer l’idée ; si bien que même s’ils développent un unique modèle (Sturmpanzerwagen A7V), ils en produiront à peine 20, et utiliseront davantage des chars piqués aux Anglais.

Un des rares chars allemands de l’époque, le A7V, en Juillet 1918


On le voit donc : les Allemands, à la fin de la guerre, partent de loin, et même très loin, sur la question du blindé. Vont ils mettre à profit l’entre-deux guerres pour travailler ce point ? Nous le verrons dans l’article suivant.

Pour en apprendre plus :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Projet_Levavasseur

https://en.wikipedia.org/wiki/Gunther_Burstyn

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_I_(char)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_Schneider_CA1

https://fr.wikipedia.org/wiki/Saint-Chamond_(char)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Estienne (je conseille vivement, le gars a eu une sacré vie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Char_Renault_FT

https://fr.wikipedia.org/wiki/A7V

Source des images : Wikipédia

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