Le kamikaze russe qui a survécu (4 fois)

Quand on évoque « avion suicide » et « 2e guerre mondiale », on pense généralement aux Japonais et à leurs kamikazes (« vent divin » dans la langue de Naruto). En effet, nos braves amis du pays du Soleil Levant, sentant l’aigre odeur de la défaite approcher, se dirent que la meilleure chose à faire, c’était d’envoyer la fine fleur de leur jeunesse s’écraser sur les navires américains, en se disant qu’à un moment les Yankees en auraient marre et rentreraient chez eux. Bon dis comme ça, ça a l’air très con. Et ça l’a été : les attaques suicides ont davantage eu un impact moral que stratégique. Mais cela répondait à deux logiques : culturelle (bushi do, le combat jusqu’à la mort etc.) et logistique : coupé de ses approvisionnements en pétrole, le Japon ne pouvait plus entraîner convenablement ses pilotes. Du coup, comme ça n’a pas marché, ils ont changé de technique et tentent désormais de corrompre notre jeunesse à coups d’orgies de tentacules (en bousillant au passage leur jeunesse, comme quoi y’a une certaine constance).

Ce qui est mois connu, c’est que certains pilotes ont parfois écrasé – volontairement – leurs avions … sur d’autres avions. La plupart du temps, l’idée était de crasher un chasseur sur un appareil plus gros (genre transporteur ou bombardier), ce qui est plus facile (le premier étant plus agile, le deuxième constituant une cible assez grosse), et a plus de valeur stratégique. Ce n’était pas spécialement nouveau, puisque les premiers abordages aériens (ou éperonnages aériens – ce sont les noms officiels de cette technique) ont eu lieu durant la première guerre mondiale (donc finalement, c’est aussi vieux que le combat aérien lui même). Les soviétiques, qui sont pas les derniers dans l’art de la déconne, ont même donné un nom particulier à cette attaque : le « taran » (littéralement, bélier en russe, assez explicite).

Une illustration d’un taran en 1914, pratiqué par un voltigeur russe

La comparaison avec nos amis nippons s’arrête là, puisque dans le cas de l’abordage aérien, le sacrifice du pilote n’est pas automatique. En effet, celui ci a une petite chance d’en réchapper, puisqu’il peut sauter de l’appareil. Autant dire que les probabilités de survie sont tout de même très réduites. Déjà, pour sauter en parachute d’un chasseur de l’époque, il fallait en vouloir : pas de siège éjectable, il faut donc se détacher de son siège, ouvrir la verrière, monter par dessus le rebord et sauter, le tout d’un avion volant à 400-500 km/h, parfois en feu, puis à ouvrir son parachute. A cela, il faut ajouter qu’on ne peut sauter qu’au dernier moment (il faut maintenir l’aéronef dans la bonne direction pour augmenter les chances de collision), mais que si l’impact est trop fort, votre appareil peut exploser.

Autre illustration, cette fois d’un chasseur allemand percutant un bombardier américain

Pourquoi en venir à une telle tactique ? En combat aérien, il n’est pas rare de tomber à court de munitions (l’emport est limité, et difficile de recharger dans les airs), ou de se retrouver trop endommagé pour rentrer à la base. Dans ce cas, plutôt que de sauter en parachute, pourquoi ne pas entraîner un ennemi avec soi ? Si on a des exemples d’utilisation de cette technique chez de nombreux belligérants, les soviétiques sont ceux qui l’ont le plus mis en avant (et sans doute, le plus utilisée). A cela une raison idéologique (glorification du sacrifice individuel pour la cause commune), mais également technique. Au début du conflit, les forces aériennes soviétiques disposent d’une grosse quantité de chasseurs, certes peu performants mais disponibles en nombre. Face aux chasseurs allemands ils se retrouvent inférieurs, mais ils disposent d’une hélice en métal. Or, si de nombreux avions possèdent des ailes et carlingues en métal, certains organes de direction (gouvernes) sont encore en toile et bois. L’idée est donc d’utiliser le taran pour hacher ces parties faibles. Ou, en dernier ressort, se prendre plusieurs tonnes dans la tête est souvent fatal pour un avion.

Pourtant, nous en venons à notre héros du jour : Boris Ivanovitch Kobzan. Avec un tel nom, forcément : il est russe. Mais sa particularité, c’est d’être le champion toute catégorie du « taran ». En effet, non seulement il a obtenu le plus grand nombre de victoires (4) avec cette attaque spéciale, mais il a également réussi à survivre … à chaque fois. Autant dire que le gars peut jouer à Xcom sans trop craindre la RNG.

Le gars a même eu droit à ses timbres

Pour la petite anecdote, la technique a tellement impressionné l’US Air Force que, durant les tests sur les premiers avions à réaction, ils avaient imaginé un appareil dédié à cette forme de combat. Il ressemblait à un gros boomerang de métal, et devait réussir à « trancher » les appareils ennemis. Avec la généralisation des appareils à réaction et les premiers missiles AA guidés, l’idée s’avéra merdique et ne dépasse pas le stade du prototype. Malheureusement, j’ai oublié le nom de ce merveilleux appareil, donc je ne pourrai pas vous le donner.

Pour en apprendre plus :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Taran
http://les-avions-de-legende.e-monsite.com/pages/anecdotes-aeriennes/l-attaque-taran.html

Source des images : Wikipédia

Une réflexion sur « Le kamikaze russe qui a survécu (4 fois) »

  1. Petite précision, si je puis me permettre, les japonais désignaient les unités Kamikazes sous le nom d’unité d’attaque spéciale ou « tokubetsu kōgeki-tai » dans la langue de Kentaro Muira. Sinon petite erreur dans le dernier paragraphe, tu as du oublier air dans « US Force ».
    En tout cas, c’est toujours aussi passionnant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.