« Incident » de Charlie Brown et Franz Stigler

Souvent, l’Histoire militaire consiste en des individus qui s’écharpent joyeusement à coups d’objets en métal dans la bidoche. Mais parfois, non : d’un coup, les ennemis d’un jour décident que stop, pour cette fois on va passer son tour, et faire preuve de compassion. Nous allons aujourd’hui parler d’un de ces moments, avec l’incident de Charlie Brown et Franz Stigler.

Tout commence par un raid classique de bombardiers

Nous sommes le 20 décembre 1943. Cela fait déjà plusieurs années que Britanniques puis Américains essayent d’expliquer aux Allemands que la guerre, c’est pas bien. Et pour ce faire, larguent de généreuses quantités de bombes sur les usines et les villes allemandes. Si la RAF procède aux bombardements de nuit (c’est plus difficile d’abattre un avion que vous ne voyez pas …), l’USAF pose ses big balls sur la table, et opte pour le bombardement de jour. Cela dit, les commandants n’étant pas des bourrins sans cervelle (si si), ils avaient bien conscience que sans mesures adaptées, les pertes seraient lourdes.
Déjà, les bombardiers n’étaient pas sans défense face aux chasseurs. N’étant pas assez manoeuvrables pour échapper à leurs poursuivants, ils sont équipés de nombreuses mitrailleuses. Par ex., pour le B-17 ce n’est pas moins d’une dizaine de mitrailleuses (entre 11 et 13 selon les versions), installées en tourelles ou sabords, dessus, dessous, devant, derrière, bref partout. Du coup, le bombardier est théoriquement capable de se défendre d’où que provienne l’attaquant (d’où le surnom de « forteresse volante »). Dans les faits, il y a bien quelques angles morts à exploiter, même s’ils se réduisent au fur et à mesure que les ingénieurs US améliorent leur bestiau. De surcroît, ces avions lourds étaient bien protégés : il ne suffisait pas d’une poignée de balles de mitrailleuses pour les abattre, il fallait souvent insister lourdement, tel le drageur sur la plage (avec le même manque de subtilité d’ailleurs), sauf que la demoiselle réplique au calibre 12.7 mm (ce qui serait une solution contre le harcèlement de rue). Et parfois, même avec des trous partout, un ou deux moteurs endommagés, l’avion continuait à voler.

B-17 en formation de vol
Vu de + près, un célèbre B-17, le ShooShooShoo Baby


Mais comme ce n’est pas suffisant, on a l’idée de faire voler les avions en formation, assez rapprochés pour qu’ils se protègent mutuellement, et appelés « box ». Souvent d’une dizaine d’appareils, cela faisait un ensemble compact, comprenant donc une centaine de mitrailleuses couvrant tout azimut. Ainsi, lorsque Hans, brave pilote de la Luftwaffe essaie d’approcher d’un box pour venir chatouiller des B-17, ce n’est plus deux ou trois mitrailleuses qu’il doit affronter, mais une dizaine voire plus, tirant depuis plusieurs angles. Sachant qu’un raid de bombardement comprend généralement plusieurs centaines d’engins, on a vite une idée de l’ampleur du bousin à affronter.

Un exemple de formation dit en « box »

L’idée des stratèges alliés est que, avec un tel potentiel, un raid de bombardement stratégique permettrait toujours de faire passer assez de bombardiers pour provoquer des dégâts considérables. Dans les faits, ça fonctionne, et un tel déploiement de force n’arrivera jamais à être arrêté totalement. Cependant, les pertes sont tout de même élevées : en moyenne, environ 5% de pertes définitives, et + d’avions endommagés. Et c’était davantage en 1942-1943, car les chasseurs alliés n’avaient pas assez d’autonomie pour escorter les bombardiers, qui devaient donc y aller tout seuls … (bon, seuls à plusieurs centaines quand même)
Un équipage US de B-17 devait assurer 25 missions de bombardement avant de rentrer au pays. Je vous laisse donc calculer, avec un taux de pertes de 5%, la probabilité de survivre aux 25 missions. Allez, je suis sympa et je calcule pour vous : environ 28%. Bref, c’est quand même pas super la joie, et il faut reconnaître le sacrifice de ces vaillants équipages.

Brême, ou la première sortie du Ye Olde Pub

Maintenant que vous voyez un peu mieux en quoi consiste un raid de bombardiers, revenons donc au 20 Décembre 1943. Ce jour ci, c’est la ville de Brême qui a gagné à la grande loterie de « on vient raser ton usine et/ou ta maison ». Sans doute pour faire cesser un tapage nocture animalier. Ou bien détruire des usines de fabrication de chasseurs. L’affaire commence mal : la ville est défendue par 250 canons antiaériens lourds, et sans doute de nombreux chasseurs allemands.
Ce raid est la première sortie du « Ye Olde Pub », un B-17 US, commandé par le second lieutenant Charlie Brown. Ce brave Charlie est un fermier de Virginie Occidentale qui, en lieu et place du maïs, doit semer des bombes. Et pour la première mission de l’équipage, ils ont une chance de dingue : ils sont placés sur les bords de la formation, soit la zone la plus vulnérable. Vulnérable au point que les pilotes alliés l’appelent la « purple heart corner » ; la « Purple Heart » étant la décoration remise aux blessés de guerre, voilà qui n’est guère réjouissant.
Le groupe de bombardiers s’approche de sa cible. Avant même le bombardement, le Ye Olde Pub se fait toucher par la flak (les canons antiaériens) : il perd un moteur, et un autre est sévèrement touché. L’avion parvient à larguer ses bombes, mais perd rapidement de la vitesse. Il commence à quitter la formation.
Pour le coup, c’est un peu comme un troupeau de bisons : si un animal quitte la sécurité relative du troupeau et se retrouve isolé, il est fort à parier que les prédateurs vont en profiter pour l’attaquer. Et en guise de prédateurs, le bombardier se retrouve bientôt attaqué par plusieurs chasseurs allemands. Ceux ci lui infligent de nouveaux dégâts : un autre moteur est touché, l’avion n’a plus que 40% de sa puissance initiale ; les systèmes de direction sont endommagés, réduisant la maniabilité ; une partie des mitrailleuses, sans doute mal lubrifiées, sont tombés en panne, il n’y en a plus que 3 de fonctionnelles (dont 2 de la tourelle dorsale, et 1 à l’avant). Ajouter à cela un mort, de nombreux blessés (dont Charlie lui même), et les doses de morphine ont gelées (à cet altitude, il fait -60°C, et il y a des trous un peu partout dans l’avion). Bref, c’est un peu le chaos à bord.

Franz Stigler, le gentleman chasseur

Pendant ce temps, un chasseur allemand se prépare à décoller. Son pilote est Franz Stigler, et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas un bleu : il avait déjà 22 victoires à son actif (sachant qu’on est proclamé « as » à partir de 5 victoires). Il avait notamment combattu en Afrique du Nord. Où il a eu pour supérieur un certain Gustav Rödel, qui leur a appris les bonnes manières. Et notamment, ce n’est pas parce qu’on se bat pour les nazis qu’on doit faire n’importe quoi. Il leur avait formellement interdit de tirer sur les pilotes ennemis qui venaient de sauter en parachute (sous peine de les abattre lui même).
Quand Franz arrive au niveau du bombardier, il voit rapidement qu’il n’est plus vraiment en état de combattre ; il parvient même à distinguer les blessés à travers les trous de l’appareil. Il pourrait n’en faire qu’une bouchée. Mais se rappelant les mots de son ancien supérieur, il décide de ne pas achever l’appareil : il confiera par la suite que pour lui, vu l’état de l’engin, c’est comme s’ils étaient sous parachute.
Stigler s’approche, et fait signe au pilote de se poser sur une base allemande, ou bien de se détourner vers la Suède (alors neutre), où son équipage serait soigné et interné jusqu’à la fin du conflit. Cependant, dans le Ye Olde Pub, on ne comprend pas trop ce qui se passe, ni ce qu’il veut dire. Méfiant, Brown fait pointer les mitrailleuses de la tourelle dorsale en direction du chasseur, mais sans tirer : bref, juste lui faire comprendre de ne pas chercher des noises. L’Allemand comprend, et s’éloigne un peu … Mais décide de suivre le bombardier malgré tout, et d’assez près. Pourquoi me direz vous ? Et bien tout simplement pour s’assurer que la DCA allemande n’ouvrirait pas le feu dessus !
C’est donc une drôle d’escorte qui accompagne l’avion étrillé jusqu’à la côte, où il ne subit plus aucune attaque. Une fois la Mer du Nord atteinte, Franz salute une dernière fois l’équipage du bombardier, et fait demi tour.

Le B-17 parvient à retourner jusqu’à sa base. Lors du débriefing, Charlie Brown raconte cet évènement pour le moins inhabituel. Ses supérieurs lui expliquent que bon, c’est original mais il vaut mieux ne pas en parler au reste de l’unité. A vrai dire, ils ont eu peur que ses camarades ne prennent sympathie pour l’ennemi et deviennent moins combatifs. Des années plus tard, Brown déclarera : « Quelqu’un avait décidé qu’on ne pouvait pas être humain et voler dans un avion allemand ».
Quant à Stigler, il évita de parler de cette affaire à sa hiérarchie ; car plus qu’une simple réprimande, il risquait juste le peloton d’exécution.

De gauche à droite : Charlie Brown / Franz Stigler

Mais où est Charlie ? Et Franz ?

Après cet épisode singulier, Charlie Brown et son équipage continuèrent leur service. Il parvient à exécuter les 25 missions prévues, et survécut à la guerre. Par la suite, il rentra aux Etats Unis, puis se réengagea dans l’US Air Force, de 1949 à 1965, et prit sa retraite en 1972. Quant à Stigler, il survécut lui aussi à la guerre. Après celle ci, il émigra au Canada, et devint homme d’affaires.

Notre histoire aurait pu s’arrêter là ; mais elle n’est pas finie ! En 1986, Brown participe à un rassemblement de pilotes vétérans de la 2e guerre mondiale. On lui demande alors de raconter un souvenir marquant de son service. Après quelques instants de réflexion, il raconte cet incident. Et à ce moment, il décide de retrouver ce pilote de chasse allemand qui l’a épargné. Il fouille dans les archives américaines et ouest allemandes ; il publie une lettre dans une revue d’anciens pilotes du conflit mondial. Et quelques mois plus tard, il reçoit une réponse de Stigler, vivant alors au Canada, et qui déclara être ce pilote.
Les deux discutèrent alors par téléphone : Stigler décrivant les évènements (notamment son « salut » à la séparation), Brown eut la confirmation qu’il avait retrouvé le bon pilote. Les anciens ennemis se rencontrèrent alors, en 1990, et devinrent rapidement amis. Amitié qui dura jusqu’à leur mort, en 2008 (à quelques mois d’écart).

Les deux même, quelques décennies plus tard …

Cet « incident » est le sujet de la chanson « No bullets fly » du groupe de métal Sabaton. Même si méconnu, il est un vibrant rappel que même dans un conflit meurtrier, où la haine a été exacerbée de part et d’autre, la compassion prend parfois le dessus.

Pour aller + loin :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Incident_de_Charlie_Brown_et_Franz_Stigler

Chanson « No bullets fly » de Sabaton

Sources des images : Wikipédia, domaine public

L’attaque d’Aruba

Ou quand un des meilleurs sous marins allemands merde à cause du stress

La bataille de l’Atlantique, vous connaissez tous ? C’est quand les petits sous marins allemands allaient coller des torpilles farceuses dans des cargos à destination du Royaume Uni. Et que celle ci, pour se venger, jouait à la pêche à la grenade sous marine, en espérant voir un U-Boot remonter à la surface, ventre à l’air (ou plutôt, couler au fond de l’Océan). Et souvent, on pense que ça a commencé par des centaines de sous marins allemands qui traquaient sans pitié des navires de commerce désemparés ; puis les Alliés ont peu à peu repris le dessus, jusqu’à couler tous les sous marins nazis. Alors qu’en fait non : ce fut un poil plus complexe que ça.

Lorsque la guerre commence, la Kriegsmarine n’a qu’un nombre réduit de sous marins pouvant assurer des missions de guerre sous marine (57, alors que l’amiral Dönitz – le patron des sous marins – en voudrait 300). Bon gré mal gré, ils font le travail. Du côté Alliés, on se souvient encore de la première guerre mondiale, et on les redoute. On prend donc des mesures, comme la navigation en convois. Puis, en Juin 1940, la marine allemande reçoit un cadeau surprise : la côte Atlantique française, qui lui donne plein de nouveaux ports d’attache. C’est la première période dite des « temps heureux », les sous mariniers coulant à tour de bras des navires marchands et subissant peu de pertes. Les Britanniques ne se laissent pas décourager et, têtus comme ils sont (en même temps, c’est le pays ayant produit le yorkshire), trouvent de nouveaux moyens de couler ces importuns : ASDIC, Huff/duff, hérissons et pieuvres (ce sont des armes sous marines, hein ? pas des pokémons militarisés), … Et de surcroit, les Etats unis, bien qu’officiellement neutres, leur ont refilé un stock de vieux destroyers qui sont bien utiles pour escorter les convois. Si les allemands coulent toujours autant de tonnage allié, leurs pertes augmentent sensiblement.

Petit hors sujet : c’est durant cette période que se déroule le film « Das Boot ». A voir absolument si votre rêve c’est de voir plusieurs dizaines d’hommes barbus couverts de sueur et de cambouis, enfermés plusieurs mois dans un objet long et étroit. A voir également si vous souhaitez juste un excellent film de sous marin …

Cette phase où aucun des deux camps ne parvint à se départager se termine avec … l’entrée en guerre des Etats Unis. L’US Navy se joint alors à la fête, avec la plus grande flotte du monde (malgré les pertes de Pearl Harbor), et une excellente expérience navale. Et pourtant : s’ouvre la 2e période des « temps heureux » pour les Allemands.
Comment cela se fait il ? Au début du conflit, les Allemands ne « chassent » les navires à destination du Royaume Uni qu’au milieu des océans, ou près des côtes anglaises. Hitler ne veut en effet pas provoquer les USA, et les U-Boot ont interdiction de s’approcher de trop près des côtes américaines. Vu que la guerre éclate quand même, la restriction est levée. Or, Dönitz se rend compte que les US n’ont pas mis en place de convois escortés comme l’ont fait les Anglais. Ceux ci ont beau prévenir l’oncle Sam (« nan mais sérieux, il va arriver des bricoles à tes navires là »), ils se disent que non, ça risque rien, ils pourront JAMAIS venir jusque là (c’est pas comme si on faisait la même aux Japonais dans un océan 2 fois plus grand).
Et là, grosse surprise : les Allemands arrivent jusque sur les côtes US, et font un carton. Ils ont d’ailleurs appelé cette période la « saison de chasse américaine ». Ils vont battre des records de tonnage coulé, avec presque aucune perte. Bon, les Américains ont compris : ils mettent au bout de quelques mois des convois en place, du coup les sous marins, vexés, partent ailleurs, et notamment dans les Caraïbes.
Pourquoi les Caraïbes ? Non : pas parce que c’est une zone traditionnelle pour la piraterie. Mais à l’époque, le plus gros producteur de pétrole au monde sont … les USA. Et les Caraïbes sont une grosse zone de transit pour le pétrole, et de nombreuses raffineries s’y trouvent.

Et c’est là que notre h(z)éros du jour va entrer en jeu. Il s’agit de Werner Hartenstein, capitaine de sous marin, et commandant du U-156. C’est un excellent commandant, qui a déjà torpillé de nombreux navires, et son équipage est expérimenté.

On leur a confié une mission spéciale : plutôt que de s’emmerder à couler les pétroliers, pourquoi pas directement détruire les raffineries ? On les envoie donc attaquer l’île d’Aruba, qui abrite l’une des plus grandes raffineries du monde. On les a équipés avec un canon + gros que d’habitude (à l’époque, les sous marin ont tous un canon, généralement de calibre moyen, ainsi que des canons anti aériens).
Tout se déroule bien. Le navire approche de la cible. Alors qu’il arrive à portée, il remarque des pétroliers à proximité, qui quittent le port. Là, l’instinct du sous marinier fait surface : il torpille les 2 navires. Et c’est là qu’il se rend compte de la boulette : les navires prennent feu, ce qui fait un gros nuage de fumée … et lui masque la raffinerie, sa cible principale. Pas grave se dit il : on va tirer au jugé. Les artilleurs pointent le canon, chargent, font feu et … le canon explose.
Que s’est il passé ? En plongée, les canons sont protégés avec des « bouchons » qui obstruent le trou de sortie, afin d’éviter que l’eau n’entre dedans.. Bien entendu, avant de tirer, il faut les enlever. Sauf que dans la panique, ils ont oublié, et l’obus a explosé dans le canon. Bien sûr, celui ci est désormais inutilisable. Werner ordonne alors quelques tirs au canon antiaérien, qui fera quelques dégâts mais rien de sérieux. Dépité, il se replie : il vient de rater la chance de sa vie. L’opération ne sera jamais renouvelé (les mesures de défense ayant été prises entretemps).

La morale est que, même quand on est un excellent commandant, avec un équipage discipliné et expérimenté, on peut faire de la merde sous l’effet de la PANIQUE !

Pour aller + loin :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaque_d%27Aruba
https://fr.wikipedia.org/wiki/Werner_Hartenstein
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_des_Cara%C3%AFbes
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_l’Atlantique_(1939-1945) (ça c’est si vous avez plusieurs heures devant vous ^^)
L’excellente série de documentaires « Les grandes batailles », épisode « La Bataille de l’Atlantique »

Source des images : Wikipédia


Wojtek, l’ours polonais artilleur

La Pologne s’est battue durant la 2e guerre mondiale. Et je ne parle pas seulement de la campagne de Pologne (où la pauvre armée polonaise s’est faite prendre en sandwich, comme ça, au débotté et sans préliminaires) : les forces polonaises se sont battues durant presque toute la durée de la guerre. En effet, si la Pologne a du capituler au bout de seulement 3 semaines (ses alliés se touchant la nouille, en espérant que les Allemands allaient se suicider sur la ligne Maginot ou devenir soudainement pacifistes), des groupes de volontaires seront constitués tout au long de la guerre (troupes évacuées de Pologne en 39, prisonniers de l’armée soviétique libérés à partir de Juin 41). Les vaillants combattants polonais ont été sur de nombreux fronts : bataille d’Angleterre, guerre du désert, Italie, front de l’Est, France et Allemagne. Sans oublier l’Armée Intérieure et son soulèvement glorieux quoique malheureux.

Mais oublions les généralités, et concentrons nous sur le 2e corps d’armée polonais. Il est constitué de prisonniers de guerre détenus par les soviétiques, et libérés suite à un accord avec le gouvernement polonais en exil. Cependant, son commandant n’étant pas en bons termes avec Staline (étonnant non ?), le corps d’armée doit être transféré au Proche Orient, en passant par l’Iran.
C’est là que les soldats de la 22e compagnie de ravitaillement d’artillerie font l’acquisition d’un jeune ourson auprès d’un habitant du coin, contre quelques rations. Rapidement, il devient la mascotte de l’unité. On le prénomme Wojtek. On le nourrit tout d’abord avec du lait concentré, puis de fruits, mélasse, miel et marmelade.

Au contact des soldats, il finit par adopter leurs habitudes : il se met donc à picoler (on parle de Polonais hein …) ; il consomme également des cigarettes, soit en les fumant (quelqu’un l’aidant à l’allumer), soit en les mangeant. Ce qui n’est pas forcément un problème, les filtres à l’époque étant pas encore très répandus. Il apprend à saluer, et finit par être intégré comme animal de guerre à sa compagnie, où il obtient le grade de caporal. Pas mal pour une boule de poils.

Il suit son unité à travers le Proche Orient, et finalement est envoyé au combat en Italie. C’est là que se forge sa légende. Durant les combats très durs de la bataille de Monte Cassino, il aurait assisté ses camarades humains, en transportant des obus d’artillerie. D’après la rumeur, il n’en aurait pas fait tombé un seul. Depuis, et pour saluer les services rendus de leur frère d’armes poilu, l’emblème de l’unité est un ours, portant un obus.

Notre ours survit à la guerre. Démobilisé en 1947, il finira sa vie … au zoo d’Edimbourg. Cependant, ses anciens compagnons d’armes lui rendront régulièrement visite, lui apportant alcool et tabac qu’il avait appris à consommer à leur contact. Il meurt en 1963.

Pour aller + loin : https://fr.wikipedia.org/wiki/Wojtek

Source des images : Wikipédia

(et pour info : vous n’avez jamais entendu parler de la bataille du Mont Cassin, où notre ami ursidé s’est illustré ? C’est normal : qui s’intéresserait à une bataille où le commandement anglo-américain a fait preuve d’une incommensurable bêtise, et où finalement la victoire a été apportée par un général français, des troupes maghrébines et polonaises ?)